SOUVENIRS D’ARAN

Je lui ai demandé ce qui lui manquait tant, ce qu’on faisait là-bas à cette saison.
« – Après les tempêtes de janvier, si le vent d’ouest s’installe, on ne fait rien. »

MAT.XIII,14

« Vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point. » (Mat. XIII, 14)

PRINCE CHARLES

Une pinte de Foster, deux sous-bocks humides, un match de Curling, Eurosport (..)

LARBAUD

Dehors, la nuit commençait à tomber. Il faisait froid, je n’avais parlé à personne depuis trois jours, mais la lumière descendait sur les ferries de la North Company. Il devait être cinq heures et c’était Vendredi Saint.

CHEF RELIQUAIRE

Avec leurs blouses accrochées sous le menton ils me faisaient penser à cette collection de chefs reliquaires sur laquelle je tombai un jour, à Lisbonne, dans une église du Principe Real.

SERVICE PERSONNALISE

Trois petites cabines derrière un rideau rose permettaient aux clients que l’odeur de serpillière mouillée ne dérangeait pas de se relaxer dans une atmosphère calme et chaleureuse (…)

TO THE HAPPY FEW-2

Alors je suis devenu le français avec qui elle avait parlé de « La Chartreuse » ; il est devenu la pute qui lisait Stendhal dans le texte

TO THE HAPPY FEW-1

Chaque matin, dès neuf heures, je la voyais fumer ses clopes, l’air de rien, en attendant d’éventuels clients. (…)

LES PONTS NOIRS

(…) toujours un peu plus près de cet endroit où je doute d’avoir un jour jamais été ; toujours, malgré la distance, retourner quelque part, retrouver une image.

ENFIN LE SOIR

En attendant, et alors qu’une discrète prière montait des minarets environnants, je regardais les immenses chauves-souris brunes étendre et refermer leurs ailes juste au-dessus de moi. (…)

DEDICACE

Dédicace le samedi 30 janvier de 15h à 19h au « Fleurus », 2 rue de Fleurus 75006 Paris

LES AMES TRISTES

Il y a, à Brixton, some old ladies noires sentant le tabac qui portent des chapeaux et boivent en cachette.

A UN PASSANT

Etrange sensation, les premiers jours d’un voyage : ne pas avoir d’endroit où aller, n’avoir aucune justification à sa présence.

ONE WAY

(…) un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée (…)

CROSSROAD

Je vois déjà les matins qui vont suivre, les réveils précoces sous d’autres latitudes, les routes brûlantes dès six heures, la rassurante certitude que rien, là-bas, ne justifiera ma présence.

TEMPS MORT 3

L’oreille est sensible et j’ai toujours eu du mal à ne pas voir en elle un Charlus féminin, grand inverti sensible et humain caché derrière un paravent de vices et de culture. Le personnage secondaire idéal…

TEMPS MORT 2

Pour moi, elle restera ce parfum anglais que l’on trouve au 41 de Wellington Street, à Covent Garden : Lily of the Valley

TEMPS MORT

Elle était comme ces livres qu’à la campagne on laisse traîner sur sa table de chevet, inconsistante, légère, sans propos, confortable. Je me disais en quittant son bar que, dans un an ou plus, nous pourrions reprendre notre conversation, qu’elle aurait le même ton, la même tessiture monocorde. (…)

EN TRANSIT

Un jour, dans une salle vide, alors qu’on contrôlait à côté mon passeport pour la cinquième fois de la nuit, l’image de Marylin est venue me soulager de la discrète angoisse que les uniformes gris-vert des soldats faisaient monter en moi. (…)

BONNE ANNEE 2010

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SUR LE CHEMIN DU RETOUR

Dans un bar de Phoenix, Arizona

FORT DUNCAN PARK

Il devait être deux heures du matin et la lumière du néon me bousillait les yeux… A moi aussi il me fallait un endroit où dormir. (…)

CONVERSATION

A peine un bout de conversation, un silence plutôt, comme si, à l’autre bout du fil, une sentence venait de tomber. La voix des amoureux se reconnaît dès les premiers mots à cette manière qu’elle a de réduire l’espace aux dimensions d’une chambre à coucher. (…)

LA FILLE SOUS LE PONT

Ma chambre au « Bridge Hotel », derrière la station, donnait sur l’arrière-cour, au-dessus des poubelles. C’était paraît-il la meilleure. (…)

RONDE DE NUIT

Nous nous sommes parlé chacun d’un côté de la pompe à essence. Il prenait un café avant de repartir vers le Milwaukee, le temps de laisser les cernes qui lui bordaient les yeux s’apaiser un peu. (…)

ACME CAKE CO. Inc

Je dis «elle attendait» parce que quelque chose en elle semblait en suspens mais autour : il n’y avait rien. Elle me faisait penser à ces chiens que l’on croise parfois sur les routes du Moyen-Orient, la gueule pendante, galeux jusqu’aux yeux, perdus à 20 kilomètres du dernier village. (…)

KANDINSKY CHEZ LES SURREALISTES

Je repensais du coup à ce carrefour désert de Montataire où l’index d’un Christ suspendu à son calvaire pointait derrière une haie de thuyas une boîte de cigares « Mystics » qui traînait là. (…)

« NO TRESPASSING »

Deux rues plus loin, une grosse Black qu’on aurait dit sortie d’un cloaque végétait à un carrefour en regardant ses ongles. Autour… rien, sinon un alignement des murs écaillés comme ses mains.

NOBODY

Au chaud, bien assise, rassurée, elle ressemblait à ces enfants à qui l’on offre malgré tout un gâteau après une punition. Regard de chien quémandant une caresse. C’était touchant et un peu triste. Triste surtout. (…)

HIPSTERS 3

(…) des révoltes de prison.

HIPSTERS 2

(…) Des fainéants en costumes de prolétaires.

HIPSTERS 1

(…)  » l’impersonnalité générale » (…)

ARRIERE COUR

En face, une fenêtre allumée. Une grosse black en robe de chambre et jogging boit ce qui semble être un café. Je sens d’ici la misère de ses soixante-dix ans de solitude. Un reflet de l’halogène qui pend du plafond sur son visage laisse deviner une peau grasse, épaisse et presque huileuse. (…)

PIETER BRUEGEL

La vue que l’on en a depuis le coude que fait la Seine, au niveau de Suresnes, ressemble à ce point à un paysage flamand qu’il m’est difficile de ne pas y repenser. C’est surtout le bleu-vert légèrement brumeux de l’arrière-plan qui me rappelle le mieux le tableau de Bruegel (…)

LES TOITS DE LONDRES

Tulse Hill, Hackbridge, Wallington, leurs rues à toits plats, leurs restaurants puant la javel et le bacon, les petites files fragiles de veufs en chausson sortant du Sainsbury’s Local dès neuf heures du matin (…)

MELANOCETUS SURREALISMUS

« Il faut prendre beaucoup sur soi pour vouloir s’établir dans ces régions reculées où tout à d’abord l’air de se passer si mal. »
Le Manifeste du Surréalisme, André Breton

LA PLACE DU MORT

Mes premières images, ce sont donc toujours des grandes avenues larges et défaites, jonchées de bidonvilles comme à Bombay, étonnamment propres comme à Almaty, engluées dans une odeur d’huile, d’essence et de poussière qui annonce mieux que tout autre chose les départs et leur capacité de renouvellement. (…)

50!

Déjà 50 textes, 50 images et plus de 1000 visites… nous vous remercions!

TRILOGIE NEW-YORKAISE

Avant même d’aller pour la première fois à New-York, la Trilogie de Paul Auster avait déterminé l’image que je m’en faisais. (…)

MAGRITTE: L’EMPIRE DES LUMIERES

Ce dont je me souviens, c’est de l’avoir pour ainsi dire reconnu, comme si, entre lui et moi, une histoire ancienne reprenait son cours après un long intervalle… ce mélange d’inquiétude et de calme, la présence manifeste d’une menace bourgeoise et presque tranquille, trop tranquille (…)

UN PETIT PAN DE MUR JAUNE

Il me rappelait ce passage de la Recherche où, dans mon souvenir, Bergotte, quelques secondes avant de mourir, s’émerveille du « petit pan de mur jaune » de la Vue de Delft et de son pouvoir sur l’ensemble de la toile. « C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur. » (…)

PART OF THE DRAMA

Ici, dans la vie comme ailleurs, le besoin permanent des individus d’appartenir à l’événement, d’être « part of the drama » révèle toute la force, souvent funeste, de son moteur. Qui n’a jamais consenti à un petit mensonge pour se faire valoir, ne s’est jamais inventé une aventure avec une princesse britannique providentiellement morte pour remonter « on stage » ?

LA PHALENE TIGRE

Vole parfois en nombre par les soirées orageuses (…)

VA, ET NE PECHE PLUS …

J’ai pour cette image un attachement particulier que je m’explique mal mais chacun de mes passages à Londres, même le plus bref, me donne l’occasion de la revoir, comme une amie étrange que je n’aurais pas vraiment choisie (…)

LA FIN DES VALOIS

Hercule de France, le nez féminin, le sourcil épilé, la bouche tombante des faibles convertis au vice, (avec) son air de sale gosse prétentieux, la mollesse de ses traits, la rougeur maladive des ailes du nez et des paupières sonnent mieux que les complots empoisonnés de l’Italienne les dernières heures des Valois.

LE MAÎTRE A LA MOUSTACHE FRISEE

Pourtant, plus encore que les grands noms – Cranach, Avercamp, Joos de Momper, Van der Meulen, Vermeer de Delft – j’aime la discrétion précieuse des maîtres anonymes : Maître à l’œillet, Maître de la Légende de Sainte Ursule ou encore (mon préféré) le Maître des Petits Paysages. (…)

YOURCENAR A L’ECOLE DU NORD

Il semble bien que, là-bas, on ne fasse jamais que rentrer chez soi, dans ces « petites maisons sans faste où tout est combiné pour le confort et la paix et où une odeur de pâtisserie et d’eau-de-vie de cerise flotte sans cesse ». La vie d’intérieur est ici un art poussé si loin que même les plus simples visages parlent de cette domesticité presque canine où tout est « net, propre et paisible ». (…)

BERLIN

Je me fous du Mur, de Berlin, du Communisme. (…) Mais il me semble que toute la poésie de la ville tient dans le mouvement de ces feuilles de peuplier alourdies par la chaleur orageuse de juillet qui tombent sur Unter den Linden. (…)

REMINISCENCES JAPONAISES

Sur le Loch Na Keal ce matin(…)

A TROIS HEURES VINGT

La seule animation ? Le mouvement des nuages qui se diluent progressivement, grandes masses liquides reposantes descendues des îles de Lewis, Harris, Barra et Saint-Kilda. Avec le ciel, j’écoute leurs noms rouler, cela suffit à m’occuper.

CIEL MOUILLE CE MATIN

Ciel mouillé ce matin devant le loch, au-dessus de la lande qui rejoint Oban. (…)

OPHELIE

Alors que l’été la vie semble s’élever avec les jours qui rallongent, l’automne la rabat au plus près de la terre : c’est la saison des sous-bois, des terriers et des retenues d’eaux mortes. Il y a quelque chose d’un peu lugubre dans ces mares qu’un simple coup de vent rend à nouveau boueuses (…)

REJOUISSANCES PAIENNES

(…) certaines nymphes grandes comme des fillettes (mais mûres pour le péché) devenaient, par ce léger décalage, habitées d’une corporalité toute vivace : ici un sein échappé l’air de rien, là une main de Silène discrètement disparue dans la profondeur d’un recoin de chair.

GUSTAVE DORE

J’en retiens surtout l’image d’un papier peint végétal, l’impression d’une plongée sous-marine au cœur d’un massif d’algues où la lumière glissait de bosquet en bosquet laissant ici et là des accroches lumineuses et ce clair-obscur permanent qui me rappelle encore ma première lecture d’Au château d’Argol (…)

ALLEE NOIRE

Progressivement, l’ombre des buis et des ifs remontait le long des jambes jusqu’à la taille, nous laissant sur le haut du crâne une tache de lumière aveuglante, mais c’était au visage que l’impression était la plus forte de sentir l’eau au-dessus du nombril (…)

FOND D’OR

Derrière leur impassibilité d’Amish, le fond d’or sur lequel ils reposent vient déposer sur eux une jubilation païenne, une lumière voulue divine qui me réconcilie avec eux. (…)

SOUVENIR DU JOUR DES MORTS

C’est sans doute l’arrivée de novembre, le couperet de la Toussaint, le dénuement progressif des arbres, et le moisissement odorants des chemins qui, au cœur de l’automne, me fait ressouvenir du printemps. (…)

VAN DONGEN vs BAUDELAIRE

« Pour faire épanouir la rate du vulgaire »

EGON SCHIELE: SPLENDEURS ET MISERES

Malgré leurs fronts de squelettes, leurs articulations craquantes, leurs paupières rougies par l’héroïne qui se referment sur des yeux de bœuf craquelés de veinules couleur de beurre rance, ils traînent encore parfois, dans la misère de leurs dix ans, un pauvre jouet chéri comme le Petit Jésus, le pouce dans la bouche, en rêvant d’un Noël blanc aperçu sur les affiches du métro. (…)

MATER DOLOROSA

Pour moi, le marbre des piétas sera toujours vert de cadavre. (…) Chaque personne rencontrée dont la peau révèle ne serait-ce qu’un peu de cette couleur me semble à deux doigts de mourir et je cherche alors autour d’elle la femme dont les bras la recueilleront.

LA LECON D’ANATOMIE

Comme beaucoup de tableaux célèbres que je n’ai pourtant jamais vus, je pourrais presque décrire La leçon d’anatomie, de Rembrandt : fraises blanches aux cous des chirurgiens de la Guilde, regards improbables, figés comme ceux des vitraux, retour de lumière divine sur le cadavre – allongé dans une perspective qui le rapproche du Christ Mort de Mantegna – son teint de cire jaune, la couleur de cendre de ses dents. (…)

DOMENIKOS THETOKOPOULOS, DIT LE GRECO

J’y vois les mêmes couleurs vives (pourpre cardinalice, sang de bœuf, jaune catalan) indescriptiblement alourdies (mauve d’hématome, sang caillé, vert cadavre) les mêmes regards renversés et brûlants, sang et sueur, une morbidité complaisante de boudoir ou de sacristie. (…)

GRACQ

« Cette promenade de l’autre jour, j’en garde une impression douce, lunaire, et même poétique ».

KEROUAC

« et je me disais que ces clochards célestes m’apporteraient la lumière ».

LES MUSES PARLENT

L’attraction de la Lune sur la mer, même si elle explique l’origine scientifique des marées, me touchera toujours moins que le bruit du ressac ou même encore le calme des heures étales : Balthus et Morandi gardaient leurs toiles achevées et les chargeaient pour ainsi dire de silence avec le temps ; Bacon, lui, s’occupe de cette aimantation avant même que les brosses ne soient sorties ( »I BELIEVE IN A DEEPLY ORDERED CHAOS »).

MADONES EN SERIE

Passé un certain niveau de notoriété les visages ses ressemblent de plus en plus. Il ne s’agit plus là de grâce, ni de beauté ou d’élégance : ces stades sont dépassés depuis longtemps, laissés aux mortels, au vulgaire. Warhol ne fait rien d’autre que rendre son culte à la divinité en reproduisant le visage de d’Elizabeth Taylor. (…)

WARHOL: UNE HISTOIRE COURTE (PART 6)

Je me retrouvais ici comme dans n’importe quelle ville du monde, presque par hasard, sans but précis, un pur oeil sur deux jambes. Vers sept heures, accoudé au comptoir d’un diner dont rien ne me reste aujourd’hui, j’enfilai verres sur verres, la tête baissée, noyé par une nostalgie que rien ce matin n’aurait laissé deviner sinon, peut-être, le titre de ce morceau entendu au réveil: « Sweet loneliness of a large city »

J. JOHNS: UNE HISTOIRE COURTE (PART 5)

Nous nous sommes retrouvés sur un table poisseuse dans un rade pour bikers, drapeau US en évidence et graisse dégoulinant des aérations. La salle sentait le café et le bacon froid; au comptoir une blonde un peu sale retournait des oeufs au plat avec l’énergie d’un hanneton (…)

HOPPER: UNE HISTOIRE COURTE (PART 4)

Sans trop y réfléchir, je lui proposai un café, prétextant, je ne sais pas… un premier séjour à New-York.

HOPPER: UNE HISTOIRE COURTE (PART 3)

« On ne tue pas le messager ». Non, bien sûr, on ne tue pas le messager mais on venait de tenter de m’intimider et de m’acheter en moins de cinq minutes et le tout pour une somme dérisoire. A ce prix, il ne fallait pas attendre grand chose de moi. Peut-être juste un surplus de curiosité.

HOPPER: UNE HISTOIRE COURTE (PART 2)

(..) Un quart d’heure plus tard, comme j’avais déjà oublié ce détail, un grand Black métissé de mac, croco aux pieds et fourrure de circonstance sonna à la porte d’en face. A l’horloge du diner, on lisait distinctement 08H15. Sur son chapeau: plumes de geai; à la main: un grand sac de sport noir.

HOPPER: UNE HISTOIRE COURTE (PART 1)

Il était sept heures – sept heures dans un quartier vide… étonnamment vide.

BOTTICELLI: VENUS IN FURS

La voix de Lou Reed me shootait un peu plus de minute en minute ; j’oubliai le froid, la solitude de cette ville désertée par la Semaine Sainte, cette question qui montait : « qu’est-ce que je fous là ? ». La lumière avait la liquidité opaque qu’a parfois l’East River au niveau du pont de Williamsburg : longues traînées jaunes sur une eau d’un violet sourd. Derrière : la ville, étonnamment calme depuis Brooklyn. (…)

GIACOMETTI: L’OEIL QUI MARCHE

« Ce qui fait la différence entre le mort et la personne : c’est son regard. »

MONET: IMPRESSION SOLEIL LEVANT

Un jour, en rejoignant Londres par l’Eurostar, le train traversa une très longue plaine givrée. J’avais encore dans les yeux toute la lourdeur de la nuit, la tiédeur du lit. Je sentais très bien, pour les avoir souvent traversées le froid piquant de ces matins-là, la terre gelée sur laquelle le pied bute, les rappels de verts sous la couche de givre, l’excitation de voir pour une fois le soleil se lever, d’être le seul à voir ça : un matin de plus gagner le monde.

CLAUDE GELLEE, DIT LE LORRAIN

J’ai toujours eu un doute sur l’intérêt que je porte aux tableaux du Lorrain. Quelque chose dans leur grandiloquence me gêne, un peu à la manière de ce trop fameux « Nous partîmes cinq cents ». Tout ça sent trop la tragédie de circonstance, la carte postale d’Ancien-Régime. Franchement… Un coucher de soleil ? Il manquerait presque les gondoles.

NI FLEURS NI COURONNES

Je vois un instant au feu rouge un misérable attroupement de têtes blanches décorées, un ciel bas que rien ne presse d’éclater, la torpeur du dimanche, deux-trois gosses impatients sur la place d’un village de province. On célèbre les morts aujourd’hui…

WIM DELVOYE A LA PLAGE

Ce que je vois ? Mon bras, un coin de serviette, des grains de sable immenses, de temps en temps le bout d’un pied se dirigeant vers la mer, le plastique bleu d’une pelle trop petite pour moi. L’oreille collée contre le sable j’entends le moindre pas, la voix des voisins. Le soleil rougit mes paupières. Il est cinq heures et c’est le dernier jour des vacances. (…)

CE QUE SUGGERENT LES ICONES

Un jour, dans une église du quartier d’Alafama, à Lisbonne, une femme menait grand train une conversation avec la Vierge. Il y avait dans sa voix, une reconnaissance pleurante et de toute évidence teintée d’alcool. Après avoir brûlé quelques cierges (…)

UNE FENETRE LAISSEE OUVERTE

Parfois dans un tableau, sans qu’il soit réellement possible d’en discerner la logique, l’œil vient pressentir un ordre sous-jacent que rien pourtant ne laisse apparaître. Quelques détails même laisseraient à penser qu’il n’y ici rien de bien intéressant : un bras coupé surgissant du cadre, une main à peine brossée, un personnage en arrière-plan dont ne [...]

QUAND SALOME AVAIT ENCORE QUINZE ANS…

Quinze ans… l’innocence est un voile que l’on n’a encore qu’à peine soulevé. Il y a quelque chose de virginal dans cet âge-là, d’édénique, une vision d’avant la faute comme on disait autrefois des filles faciles qu’elles avaient fauté. Toutes les couleurs sont encore pures : une montée de rose sur les joues, sur les seins, une paupière rougie par l’humidité, la blancheur diaphane d’un poignet, du côté, d’une nuque. (…)

AU-DELA DU MODELE

Ici, le goût du peintre pour les jeunes garçons y est sans doute pour beaucoup et je lui en veux un peu de faire passer à mes yeux le Grand Roi David pour une petite pute brésilienne même si je me console facilement en imaginant la peur de ses saints commanditaires qui, en voyant pour la première fois la toile, y ont reconnu tel visage familier des rues obscures où la chair s’achète à bas prix. (…)

LE SAUT

« Parents, racontez vos rêves à vos enfants » (Breton)

LA GRACE DE LA CROIX

(…) la grâce infinie du bras qui se laisse tomber, ce qu’il dit de l’abandon total et définitif du Christ à la Vierge, de l’Enfant à la Mère. Mais j’aime aussi dans son mouvement, dans le soin très souvent porté aux veines bleuies par la congestion, le caractère d’étude qu’il a dû représenter pour les peintres et, parfois, à un léger tremblement de la touche, on devine un très discret repentir : « non, plus bas le coude …» (…)

LE BAIN TRICHEUR

(…) Et j’aimerais un jour, au lieu de deux sosies, tomber sur un petit bâtard de l’Art ; j’aimerais assez par exemple que les Baigneuses d’Ingres, plus que de se refléter chez Picasso, croisent les Tricheurs de Georges de La Tour. (…)

LES SOIRS D’ETE FINISSANT

J’ai longtemps cherché ce qui, dans la fin des vacances, pèse sur le cœur avec un poids difficile à supporter ; ce qui, les soirs d’été finissant, malgré les amis et malgré le vin, laisse dans la bouche un goût un peu amer de peur et de solitude. (…)

LE RADEAU DE LA MEDUSE

En y réfléchissant, il me semble que le goût que j’ai pour « Le Radeau de la Méduse » tient moins à son sujet, voire à sa forme, qu’à son seul titre. Enfant déjà, son charme opérait comme opérait aussi le « Conseil tenu par les rats » de La Fontaine ou encore « Deux ans de vacances de Jules Verne ». (…)